La première arme dont je dispose, c’est l’éducation !

En prélude à la journée internationale des droits des femmes, je suis allé à la rencontre de deux femmes qui de par leurs actions au sein de la société civile africaine, visent une bonne santé des droits humains en général et ceux des femmes en particulier.

Après Sylvia APATA de la Côte d’Ivoire ( https://glorydroitshumainsbnin.wordpress.com/2018/03/07/une-femme-rurale-epanouie-cest-une-afrique-prospere/), voici l’interview de Miguèle HOUETO, figure montante de l’activisme social au sein de la société civile béninoise. Dégustez et surtout, partagez !
Aujourd’hui tu fais partie de cette jeune génération de femmes qui émergent au sein de la société civile béninoise, ceci à travers ton engagement pour les droits humains. Tu peux nous dire ce qui t’a amené à t’engager et depuis quand ?

Je pense avoir vu le jour avec l’envie de défendre les autres. Ceci parce que depuis mon plus jeune âge je digérais mal, alors là très les injustices, à l’école, dans la rue, bref partout où je passais.

Mais cela s’est renforcé au fil des ans par les scènes de ménage entre mes parents desquelles ma mère sortait toujours perdante et nous autres ses enfants aussi. De tristes souvenirs que je ne vous raconte pas et de quoi vous inciter à l’engagement.

Plus tard j’ai lu un livre sur la vie de Mère Theresa de CALCUTA qui m’a permis de mieux cerner le sens de mon combat.

Ce combat, j’entendais le mener à travers le journalisme mais mes pas m’ont conduits vers le droit, avec pour spécialité, les droits de l’Homme. Et je m’en réjouis. De façon plus concrète cet engagement a commencé depuis 2004 -2005 au collège.

Que fais-tu concrètement pour que le message que tu portes parvienne dans les oreilles des décideurs pour le changement que tu espères ?

Difficile dans notre contexte de faire entendre sa voix par des décideurs quand les personnes dont vous défendez les droits elles-mêmes ne prennent pas conscience de leurs droits et de leur devoir d’exiger des dirigeants un mieux être. Plus difficile quand on sait, que les dirigeants ne font pas toujours leurs devoirs sans qu’on ne les y oblige.

Cela dit, la première arme dont je dispose, c’est l’Education. En effet, à travers l’éducation j’éveille la conscience de mes concitoyens sur leurs droits et devoirs. Tenez par exemple, « expliquer, sensibiliser et amener des concitoyens à saisir la Cour Constitutionnelle pour se voir rendre justice. C’est ainsi qu’en 2017, à l’occasion de la Journée Internationale des Droits de l’Homme, j’ai initié un programme dénommé « Droits de l’Homme à la Loupe » qui trouve tout son sens dans l’article 40 de la Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : « L’Etat a le devoir d’assurer la diffusion et l’enseignement de la
Constitution, de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, de
la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples de 1981 ainsi que de
tous les instruments internationaux dûment ratifiés et relatifs aux Droits de
l’Homme.
L’Etat doit intégrer les droits de la personne humaine dans les programmes
d’alphabétisation et d’enseignement aux différents cycles scolaires et
universitaires et dans tous les programmes de formation des Forces Armées, des
Forces de Sécurité Publique et Assimilés.
L’Etat doit également assurer dans les langues nationales par tous les moyens de
communication de masse, en particulier par la radiodiffusion et la télévision, la
diffusion et l’enseignement de ces mêmes droits». Ledit programme connaitra sa deuxième édition en décembre 2018.

Par ailleurs, le plaidoyer, des interventions sur différentes chaînes (de télévision et de radio et quelques fois dans la presse écrite) pour dénoncer, faire des propositions et/ou attirer l’attention des décideurs sur telle ou telle chose sont les moyens utilisés pour l’atteinte de mes objectifs. Sans oublier les réseaux sociaux qui sont devenus un canal de diffusion de message à fort impact.

Et tu penses qu’il y a de beaux jours devant pour la femme béninoise aujourd’hui quand on sait que malgré la législation abondante, des problèmes subsistent toujours ?

Bien sûr ! Et ce parce que, l’environnement juridique y est favorable même si cet environnement se doit de lutter au quotidien avec les normes sociales qui malgré le temps qui passe nous hantent.

Cela dit, il y a mieux que de beaux jours à venir pour les femmes béninoises. Ceci à condition qu’elles prennent conscience elles-mêmes et que les hommes, surtout ceux politiques acceptent enfin de voir la femme comme une alliée, non comme un challenger (un adversaire).

Aussi, faudrait-il que les enfants garçons soient éduqués à considérer les filles comme leurs semblables. In fine, adultes ils considèreront mieux les femmes et peut-être aurions-nous contribué à faire disparaître ces normes sociales négatives qui plombent l’essor des femmes dans notre pays.


Tu es une source d’inspiration pour de nombreux jeunes grâce à tes actions et différentes prises de position sur des sujets aussi bien d’intérêts nationaux que régionaux. Que peux-tu dire à ces jeunes qui veulent faire comme toi ?

Si j’ai pu inspirer des jeunes comme moi, je m’en réjouis. Je leur dirai cependant ceci :

« Faites en sorte de trouvez votre propre chemin.

Quand vous l’aurez trouvé, que chaque souffle de votre vie s’y consacre pour afin que même après votre départ vers une autre vie, des générations se souviennent de vous. Ainsi, vous aurez vécu ».

Je finirai en partageant avec vous l’une des citations qui m’inspirent. Elle est de Gandhi; « Pour servir autrui volontairement, il faut donner tout ce dont on est capable et ne faire passer qu’ensuite le service de soi-même ».

Réalisation : Glory Cyriaque HOSSOU

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Une femme rurale épanouie, c’est une Afrique prospère !

Militante, engagée au sein de la société civile ivoirienne, Sylvia APATA nous parle aujourd’hui des raisons de son engagement. Dans cet entretien, elle revient sur les faits marquants de l’actualité des droits humains, aussi bien dans son pays, la Côte d’Ivoire, que dans le monde. Dégustez !

  1. Quel est l’état des lieux en matière de promotion et de protection des droits humains en Côte-d’Ivoire aujourd’hui ?

Le Rapport 2016/2017 d’Amnesty International sur la situation des droits humains dans le monde, publié en dans le mois de février 2018, fait état d’observation en Côte d’Ivoire de grandes restrictions à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique en vertu de lois érigeant en infraction les manifestations pacifiques, entre autres formes d’expression non violente. A cela s’ajoute, le signalement de plusieurs cas d’arrestations arbitraires des membres de l’opposition, les conditions inhumaines de vies en milieu carcéral (l’administration pénitentiaire a déclaré que cet établissement surpeuplé, dont la capacité était de 1 500 détenus, en accueillait en réalité 3 694. Des prisonniers ont indiqué qu’ils avaient dû payer des pots-de-vin allant jusqu’à 20 000 francs CFA (32 dollars des États-Unis) à des codétenus chargés de la sécurité intérieure afin de ne pas être placés dans des cellules immondes dont le sol était couvert d’eau et d’urine. Les prisonniers responsables de la sécurité intérieure infligeaient des châtiments corporels aux autres détenus, ce qui avait entraîné au moins trois décès en 2015. Les autorités n’ont rien fait pour protéger les prisonniers de ces agissements et des autres atteintes à leurs droits fondamentaux. Les soins médicaux demeuraient insuffisants). Ledit rapport a également mis en lumière, l’évaluation environnementale lancé par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) dans laquelle la responsabilité des entreprises a été engagée dans la lutte contre la pollution de l’environnement à la suite de l’affaire du déversement de 540.000 Litres de déchets toxiques à Abidjan en 2006 par la société trafigura. Les autorités ivoiriennes n’avaient déclaré que 15 décès alors que 100.000 personnes avaient sollicité et continuent de solliciter des soins médicaux après le déversement de ces déchets ayant provoqué des problèmes graves comme les difficultés respiratoires.

L’élément positif relevé est l’exercice de la justice internationale au regard du procès cumulé de l’ancien président de la République de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, ouvert depuis janvier 2016.

Nous pouvons donc dire que la situation des droits humains en Côte d’Ivoire est quelque peu préoccupante quoiqu’on observe tout de même, une légère amélioration de l’accès à la justice aux populations qui sont de mieux en mieux informées sur les modes de saisine des juridictions.

  1. Qu’est-ce qui explique ton engagement en faveur de la femme rurale africaine ?

Je suis tout d’abord féministe, activiste des droits des femmes parce que dans le monde, les femmes représentent 50% de la population, effectuent 60% du travail, touchent 10% des revenus et ne possèdent que 2% de la propriété. Alors quand on est naturellement contre l’injustice, on ne peut qu’être féministe. Ensuite, j’ai décidé de m’engager particulièrement pour la cause des femmes rurales africaines parce qu’elles subissent les pires formes de violences et sévices corporelles du fait des règles coutumières et traditions majoritairement déshumanisantes pour les femmes et qui ont la peau dure en milieu rural. ‘’Oubliées’’ de la société, ces femmes sont livrées à elles-mêmes dans les villages où la loi peine à être appliquée devant la ténacité des coutumes. Outre cet aspect, les femmes rurales sont tenancières de l’agriculture dans nos pays africains ; des pays agraires. Elles sont donc la cheville ouvrière de nos économies mais bénéficient très peu des ressources nécessaires à leur autonomisation notamment le droit à la propriété foncière. Tant d’injustices contre ces femmes, de vulnérabilités devant lesquelles je ne peux rester indifférente. Il nous faut comprendre que l’Afrique ne sortira de son sous-développement que par la réduction des inégalités qui entretiennent la pauvreté et qui maintiennent notre continent au bas de l’échelle.

Ainsi pour avoir pris conscience de cela, j’ai décidé de m’engager pour la cause des femmes rurales africaines parce que j’ai compris qu’elles sont la clé de la prospérité de l’Afrique. Je reste donc convaincue que le développement de l’Afrique reste subordonné à l’autonomisation économique et politique de la femme, principalement de la femme rurale ; car une femme rurale épanouie, c’est une Afrique prospère !

  1. Dans l’un de tes articles en 2017, tu exposais le phénomène des mutilations génitales féminines et ses conséquences à l’égard des filles. Qu’est-ce qui peut bien expliquer la persistance du phénomène qui est bien installé en Afrique de l’ouest aujourd’hui malgré les politiques publiques?

Plusieurs raisons expliquent la persistance des mutilations génitales féminines en Afrique de l’Ouest malgré la mise en œuvre de politiques et stratégies de lutte contre ces mutilationss. Ce sont : le fort taux d’analphabétisme et d’illettrisme observé dans nos pays surtout en milieu rural ; l’absence de lois réprimant sévèrement les MGF ou l’absence de fermeté dans l’application des lois déjà existantes en la matière ; l’insuffisance des actions de sensibilisations de masse et de proximité dans les zones où le phénomène reste très répandu ; un dernier élément également important et le plus souvent occulté dans la lutte contre les mutilations génitales féminines : la reconversion ou l’insertion socio-économique des exciseuses qui très souvent se maintiennent dans cette activité macabre parce qu’elles y trouvent leur gagne-pain et un certain ‘’respect’’ des communautés villageoises. Il faut mettre à la disposition de ces dernières, des Activités Génératrices de Revenus (AGR) qui leur permettront de se prendre en charge afin d’être autonomes.

  1. Quelle est ton opinion sur la libération de la parole qui s’observe aujourd’hui face aux phénomènes du harcèlement sexuel et des cas de viols, des réalités beaucoup plus perceptible en Europe et aux Etats-Unis pour le moment ? Pourquoi a-t-on l’impression que l’Afrique n’est pas concernée par cette libération de la parole ?

J’ai tout simplement été épatée par les mouvements #Metoo et #BalanceTonPorc, épatée de voir comment les femmes européennes et américaines sont parvenues à exprimer leurs douleurs, à parler des viols et du harcèlement sexuel qu’elles ont subis et plus grand, à dénoncer l’identité de leurs bourreaux. Nos sociétés sont parvenues par l’éducation à faire des violences sexuelles, surtout du viol, des cruautés dont la victime est tenue pour auteur et l’auteur pour la victime. En clair, si vous êtes violée, c’est parce que vous l’avez provoqué et c’est encore vous qui portez la honte et le désespoir toute votre vie. Mais avec ces deux mouvements, l’on a permis de rétablir l’ordre des choses : AUCUNE FEMME N’EST FAUTIVE DE L’AGRESSION SEXUELLE QU’ELLE A PU SUBIR. LE VIOL, C’EST L’AUTRE QUI LE FAIT. LA HONTE, C’EST L’AUTEUR QUI DOIT LA PORTER, PAS LA VICTIME. LA HONTE A DONC CHANGE DE CAMP ! Les agresseurs sexuels se sont donc vus divulgués leurs noms et identités. C’est une grande avancée pour les droits des femmes dans le monde ; une grande satisfaction. Les victimes osent de plus en plus recourir à la justice, ce qui n’était pas forcément le cas des dernières années.

Malheureusement, cette libération de la parole comme nous le constatons actuellement en Occident, n’est pas encore effective en Afrique parce que nous sommes des sociétés en construction ; des sociétés encore très imbibées dans le patriarcat ; des sociétés où les droits des femmes sont extrêmement controversées par les coutumes et religions ; des sociétés où l’on apprend que le silence est ce qui doit caractériser la femme, la confinant ainsi dans le rôle de ‘’ces êtres qui doivent tout accepter, celles qui sont créées pour subir et accepter les injustices’’. Mais les choses changeront, la condition de la femme africaine évoluera. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui en occident est le résultat d’un long processus. Ainsi, cette évolution de la condition de la femme africaine ne sera effective que par la scolarisation de la jeune fille qui favorisera sa connaissance des droits reconnus à sa personne. Plus la femme est lettrée, mieux elle connait ses droits, les revendiquent, et moins elles acceptent les injustices à son égard.

  1. Tu es une source d’inspiration pour de nombreux jeunes grâce à tes actions et différentes prises position sur des sujets aussi bien d’intérêts nationaux que régionaux. Que peux-tu dire à ces jeunes qui veulent faire comme toi ?

Sachez jeunes activistes, de là où vous vous trouvez que nous avons la capacité et le pouvoir de changer positivement les choses qui impactent négativement notre entourage ; il suffit de le vouloir. Alors quand on le veut, il faut travailler d’arrache-pied pour atteindre l’objectif qu’on s’est fixé.

Jeunesse africaine, ne soyez pas de ceux-là que les politiciens véreux, cupides et avides de pouvoirs utilisent pour servir leurs intérêts personnels et égoïstes. Ne vous laissez pas instrumentalisés par ces politiciens qui n’ont que faire de vous, que faire de votre insertion professionnelle.

Ne comptons pas sur un politicien pour changer notre situation, mettons plutôt notre savoir en exercice pour nous prendre en charge et influencer l’évolution de nos sociétés.

N’acceptons plus d’être utilisé comme ‘’bétail électoral’’ !

Réalisation : Glory Cyriaque HOSSOU