Le mariage forcé des enfants, une réalité à éradiquer du Bénin

​Une campagne pour lutter contre le mariage forcé des mineurs, c’est bien ce qu’il faut aujourd’hui dans un pays tel le Bénin où le poids de la tradition, le niveau élevé de d’analphabétisme et de pauvreté  des populations ne sont pas à négliger. Donner son enfant en mariage sans que ce dernier n’ait consenti et n’ait atteint l’âge nubile s’avère être une solution pour survivre. Un respect face à la tradition.



Quelle est l’histoire de ce fléau ???

Le mariage forcé trouve sa source dans l’ensemble des traditions et coutumes des peuples africains. Autre fois, quand le souverain roi jetait son dévolu sur une femme, un enfant, ses sujets n’avaient pas à discuter, ils devaient obtempérer au risque de subir la colère du souverain, représentant de Dieu sur terre. Les terres vous étaient arrachées, vos femmes, de force. Bienvenue la famine, la misère. Vous devenez la risée de tout le royaume et l’unique responsable de malheurs futurs. 

On pouvait aussi rencontrer certaines familles, qui, pour préserver la communauté, d’autre pour faire rentrer les bénéfices de la dot, donnaient leurs enfants en mariage. La fille n’avait pas de parole, elle n’avait qu’à suivre les instructions de ses géniteurs. De nombreuses femmes, hommes, familles, ont grandi avec cette vision injuste de la réalité, erronée de la tradition et en ont transmise à leur descendant. Cette pratique venait de s’ancrer dans l’inconscient collectif portant atteinte et hypothéquant le devenir de nombreux enfants. Certains depuis le ventre de leur mère. Cette pratique a scellée le sort aujourd’hui de certains peuples. C’est affreux. Il faut que ça change.

L’urgence de progresser afin d’en finir!

A l’heure où les nations s’unissent d’une même voix pour progresser sur la voie du développement et faire face aux défis de leur temps, le mariage forcé des enfants s’avère être un frein à cette ambition. Parmi les 700 millions de femmes victimes de mariage forcé dans le monde, plus d’une sur trois, soit 250 millions, l’a été alors qu’elle n’avait pas 15 ans. En Afrique de l’Ouest et du Centre, deux filles sur cinq soit 41% se marient avant l’âge de 18 ans. Cumulativement, la fréquence des mariages des enfants en Afrique subsaharienne est au-dessus de la moyenne mondiale de 34%. Au Bénin, une fille sur 10 est mariée avant l’âge de 15 ans et trois filles sur 10 le sont avant l’âge de 18 ans (sources : Enquête par grappes à indicateurs multiples (MICS, 2014).



Que dit le droit positif béninois sur la question ???

Le droit à longtemps appréhender et encadrer cette pratique néfaste au développement des enfants. Déjà en 1948 et en 1959 avec la déclaration universelle des droits de l’Homme et la déclaration sur les droits de l’enfant, on pouvait déjà entrevoir cette protection de l’enfance. A l’époque, ces déclarations n’étaient pas contraignantes et leur application dépendait du bon vouloir des Etats en raison de leur statut. Une déclaration. Le chemin a été périlleux et il a fallu attendre 30ans après la déclaration sur les droits des enfants soit en 1989, pour voir l’humanité accordée une place prépondérante à la promotion et à la protection des enfants, ceci avec l’avènement de la convention sur les droits de l’enfant. Celle-ci était contraignante et obligeait les Etats l’ayant ratifié à s’y conformer au risque de sanctions. 

Un an après, l’Afrique, au plan régional s’offre une charte sur le bien-être des enfants en reprenant les principes et valeurs édictés dans la convention sur les droits de l’enfant tout en contextualisant et prévoyant une institution de suivi de mise en œuvre de cette charte. Il s’agit du comité africain d’expert sur les droits et le bien-être des enfants du continent africain.

Le Bénin a ratifié et domestiqué avec générosité ces instruments internationaux et régionaux de protection des droits de l’enfant à travers le vote au plan national des lois en la matière (le code des personnes et de la famille, la loi sur l’orientation de l’éducation nationale, la loi sur les violences faites aux filles et aux femmes etc.) dont la dernière en date est bien entendu le code de l’enfant béninois promulgué en décembre 2015. Ce dernier prévoit les différentes sanctions en cas de mariage forcé d’un enfant mineur. Les articles 181, 345, 377, 378 en sont les sièges.

Pourquoi cette pratique qui date de Mathusalem persiste ???

Nonobstant tout cet arsenal juridique, les atteintes et violations aux droits de l’enfant notamment le mariage forcé subsiste au grand désarroi des victimes. Des filles sont mariées de force par leurs parents ou tuteurs, avant d’être physiquement ou émotionnellement matures pour devenir des épouses et des mères. Une étude sur le Comportement, les Attitudes et les Pratiques (CAP) sur les violences et abus sexuels notamment le mariage des enfants, menée par le Ministère des Affaires Sociales avec le soutien de l’UNICEF (2015), a clairement montré que le mariage des enfants est dû à plusieurs causes : les pesanteurs socioculturels, la pauvreté (pour certains, marier une fille réduit inlassablement les charges du ménage) et bien d’autres.

Ces pratiques ont aussi attirées les attentions de la communauté internationale et régionale qui n’ont pas hésité à faire des recommandations au Bénin. Le conseil des droits de l’Homme des Nations-Unies, le comité des Nations-Unies sur les droits de l’enfant, le comité africain d’expert sur les droits et le bien-être de l’enfant ont en ces cinq dernières années formulés des recommandations  sur recommandations afin que le Bénin puisse agir en bon élève en matière de protection des enfants.

 En Novembre 2017, le Bénin sera à nouveau évaluer par ses pairs du conseil des droits de l’Homme des Nations-Unies, plus précisément le 09 Novembre dans le cadre du troisième cycle de l’Examen Périodique Universel, et il est plus qu’évident que si rien n’est fait, les mêmes recommandations referont surface, car l’on ne saurait appartenir à une communauté d’éthique et de valeurs et accepter que les enfants continuent d’être donnés en mariage et ce, by force. 

Cette campagne dénommée TOLERANCE ZERO conduite aujourd’hui par la représentation de l’UNICEF au Bénin en partenariat avec le gouvernement et les organisations de jeunes était donc attendue et est la bienvenue.  



Quelles sont les conséquences du mariage forcé sur les enfants ???

Les conséquences de cette pratique sur les enfants sont multiples et interpellent la conscience humaine. Elles peuvent être fatales sur la santé des fille-épouses. Le mariage forcé prive les enfants de leur éducation et les expose aux violences sexuelles, physiques et psychologiques. Les filles épouses sont rarement en mesure de faire valoir leurs souhaits ou choix (choisir une méthode de planification familiale ou pratiquer des relations sexuelles protégées par exemples) ; elles sont plus à risque d’attraper le VIH/SIDA et autres maladies sexuellement transmissibles ; enfin le mariage des enfants a inéluctablement des conséquences négatives sur la prospérité économique et le développement du Bénin : des milliers de filles n’auront pas les compétences, les connaissances et les perspectives d’emploi qui leur permettraient de construire un avenir prospère pour elles et leur famille et donc contribuer au développement économique de leur pays.



Quelles approches de solutions durables ???

Les voies de sorties sont connues et doivent être exploitées non seulement pour amorcer et insuffler un réel développement au Bénin, mais aussi pour sauver ces milliers d’enfants qui perdent espoirs chaque année et se voient imposés une nouvelle vie autre que celle de leurs espérances. Il sera impérieux de :

 Faire comme prévue dans le cadre de la campagne ‘’Tolérance Zéro au mariage des enfants’’ une vulgarisation des textes de lois qui promeuvent l’enfance au Bénin à travers la diffusion systématique des spots audio et TV, des produits artistiques et des émissions, mais aussi des activités au sein de la communauté, des tournées de mobilisation sociale sur tout le territoire, des dialogues communautaires et des caravanes et projection au sein des communautés et ce dans tous les dialectes du pays ;

 Sensibiliser sur les bonnes pratiques en la matière ;

 Faire une application rigide de ces textes de lois ;

 Réprimer toutes les atteintes conformément à la législation en vigueur ; 

Saisir les juridictions nationales, régionales et internationales pour toutes violations persistantes et enfin

Ratifier le 3è protocole relatif à la Convention des Nations-Unies relative aux Droits de l’enfant établissant une procédure de présentation des communications.

L’espoir est permis, restons mobilisés !

Glory Cyriaque HOSSOU, Glory Cyriaque HOSSOU, Activiste des droits de l’Homme, Blogueur.

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2 réflexions sur “Le mariage forcé des enfants, une réalité à éradiquer du Bénin

  1. Bel article et qui dénote une certaine passion pour la promotion et la défense des droits de l’homme. Du courage cher Glory.
    Isidore Clement CAPO-CHICHI
    Expert à la Commission Africaine des Droits de l’homme et des peuples
    Banjul, The Gambia.

    Aimé par 1 personne

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