Le débat citoyen!

 »Il n’y a pas de temps pour le débat, le débat est de tout les temps »  c’est ce qu’à compris l’Association Béninoise de Droit Constitutionnelle (ABDC) en organisant ce Jour, Jeudi 21 Juillet 2016,  » les troisième entretiens politiques  » dont le thème général portait sur les <<Réformes politiques et institutionnelles au Bénin>>.

Les divers acteurs qui animent la vie sociopolitique du pays ont été conviés à ce débat pour relever le niveau des échanges sur le rapport déposé par la Commission DJOGBENOU, chargée d’opiner sur les réformes politiques et institutionnelles dont le Bénin a besoin pour son développement durable.

Les troisièmes entretiens politiques de l’ABDC avaient pour objectif général la présentation succincte du rapport de la commission DJOGBENOU chargée de réfléchir sur les réformes politiques et institutionnelles pouvant permettre au Bénin d’amorcer une nouvelle marche pour un développement durable, et de permettre aux participants de pouvoir apporter leurs différents points de vue sur ledit rapport. 

Les débats sur la constitutionnalisation de la Cour des Comptes et le mandat unique ont beaucoup plus retenu l’attention des participants même si on aurait aimé que la question des droits humains soit aussi débattue avec beaucoup de vigueur comme on a pu le constaté ce jour.

Si la question de la constitutionnalisation de la Cour des Comptes et l’indépendance totale des juges devant y siéger a fait l’unanimité dans le rang des panélistes et des participants. La question sur le mandat unique à quant à elle enregistrée beaucoup de divergences. Les pros mandat unique soutiennent que cette nouvelle réforme apportera toutes les vertus de développement au Bénin car le Président devra  désormais se consacrer à son seul et unique mandat dénué de toutes idées de réélection. Les anti mandat unique ont quant à eux souligné le fait que le Bénin a toujours connu depuis 25ans une stabilité politique, et que même l’article 42 de notre constitution a déjà réglé en soi la question du mandat unique.

D’autres questions non moins importantes ont également été débattues mais très vite, à savoir, les questions sur ; l’immunité parlementaire des députés, le mandat des juges de la Cour Constitutionnelle, la constitutionnalisation de la CENA….

Glory Cyriaque HOSSOU

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6 choses à savoir sur la liberté de presse au Benin!

Jamais la liberté de presse n’a été autant menacé dans le monde. La situation des journalistes en Afrique de l’Ouest devient préoccupante et interpelle.

La déclaration d’Amnesty International en dit long sur cette région qui offrait pourtant par le passé, de meilleures garanties en matière de libertés. Lisez désormais cette déclaration et vous verrez à quel point la démocratie est exposée  » http://amnestybenin.org/afrique-de-louest-et-afrique-centrale-les-attaques-contre-des-journalistes-atteignent-un-niveau-alarmant/  »

Le Bénin présente également des signaux inquiétants. L’espace public de discussion se rétrécit de jour en jour. Des médias, s’ils ne sont pas fermés arbitrairement, voient leurs signaux brouillés.

L’autre menace qui guette la démocratie béninoise est la manipulation de certains médias par les politiques, les détournant de ce fait, de leurs objectifs primordiaux. Informer en toute impartialité, objectivité, équité et surtout, éduquer le peuple.

Il est fréquent à Cotonou aujourd’hui, de voir plusieurs organes aligner les mêmes titres et contenus dans leurs parutions. C’est grave! Si la démocratie n’est plus liberté, si elle est instrumentalisée, alors plus de démocratie.

Fidèle KIKAN Directeur d’Amnesty International Bénin fait si bien le constat en rappelant les quelques kilomètres qui restent à parcourir au 229 lorsqu’il s’agit de la liberté de presse. Il suggère notamment qu’il faut;

1. Garantir l’accès à l’information

2. Reouvrir les médias arbitrairement fermés et faire en sorte que cela ne se reproduise plus jamais dans les mêmes conditions

3. Protéger les fréquences brouillées

4. Assurer l’indépendance de la HAAC qui permette véritablement de « reconnaître et de garantir » la liberté de presse

5. Assurer un mécanisme transparent et équitable de financement de la presse

6. Abolir tout délit d’outrage/offense au chef de l’Etat

Il ne faut jamais perdre de vue que la démocratie se nourrit de débats, de contradictions, de libertés. En l’absence de ceux-ci, plus question de parler de démocratie.

Nous devons nous construire, construire notre démocratie, en restant fidèles à nos idéaux, à nos valeurs, à nos convictions, même dans l’adversité.

Nous gagnerons à affirmer l’autorité de la démocratie !

Glory Cyriaque HOSSOU

Crise sociopolitique au Niger : tout ce qu’il faut savoir !

Le Niger vit des moments de tensions sociales et politiques depuis quelques temps. Des moments sombres de son histoire moderne. Dans cette atmosphère de crise, des citoyens nigériens en sont décédés, d’autres ont perdus leur emploi, d’autres encore restent debout pour sauver ce qui peut être sauvé. C’est dans cette ambiance très peu reluisante que je me suis rapproché d’Adam AKANI, Juriste, défenseur des droits de l’homme et surtout averti de l’actualité nigérienne afin qu’il puisse nous relater l’historique de cette crise sociopolitique et proposer des voies de sorties, lui qui est avant tout, citoyen de son Etat et amoureux de celui-ci.

Lisez, et surtout, partagez, c’est le principe !

La situation sociopolitique au Niger préoccupe de plus en plus la sous-région ouest africaine, que peux-tu nous dire sur l’historique et les réelles motivations qui sous-tendent cette crise ?

En faisant une analyse rétrospective, tout commence avec l’entrée en fonction du président Issoufou Mahamadou ! Ce brillant homme politique qui avait fait 20 ans dans l’opposition et qui venait d’être élu à la suite des élections organisées par la junte militaire après une année de transition.

Issoufou Mahamadou présentait les espoirs d’un renouveau démocratique, social, économique et politique pour le Niger. Hélas ! Son accession à la magistrature suprême ne produit pas les fruits escomptés. Ainsi, nous assistons d’abord à une liquidation(dislocation) des partis politiques de l’opposition par des moyens non démocratiques (corruption et intimidation). Cela s’est d’ailleurs matérialisé par des défections au seins des partis politiques d’opposition qui ont regagné la classe de la mouvance présidentielle. Ensuite, Il y a eu des manœuvres de dissuasion de toutes sortes (offre de nomination à des fonctions étatiques importantes sous-tendu par des rémunérations alléchantes, intimidations) à l’endroit des acteurs de la société civile et autres défenseurs des Droits. Certains ont d’ailleurs accepté les propositions alléchantes du régime actuel. Enfin, cette liquidation de la classe politique a eu des graves répercussions sur les échéances électorales de 2016. En effet, en 2016 le président Issoufou Mahamadou candidat à sa propre réélection était en ballotage au second tour avec son adversaire (Hama Amadou) qui était en prison. Logiquement le président Issoufou Mahamadou a été réélu avec 92,4% des voix (résultats provisoires globaux donné par la commission électorale du Niger) en défaveur du candidat détenu en prison qui n’a pas eu les mêmes chances électorales que requiert le jeu démocratique. Quelle est cette démocratie ou l’opposant-candidat en prison (malgré que la cour constitutionnelle ait validé sa candidature) pendant que son adversaire batte campagne en liberté ? C’était une première dans l’histoire du Niger ! La mauvaise gestion des finances publiques de l’Etat à une part très important dans la situation sociopolitique du Niger d’aujourd’hui. Cette mauvaise gestion est le fruit de présumés détournements de deniers publics révélés maintes reprises par la presse locale avec des documents à l’appui. L’illustration parfaite de la mauvaise gestion des finances de l’Etat était l’incapacité de celui-ci de payer les bourses d’études à l’université. Et, dans ce contexte où les finances de l’Etat étaient au rouge, les étudiants ont manifesté pour revendiquer le paiement de leurs allocations. La manifestation a été réprimée et s’est soldée par la mort d’un jeune étudiant le 10 Avril 2017. D’ailleurs, les étudiants ont manifesté ce 10 avril 2018 pour exiger justice pour le jeune martyr malgré qu’une commission d’enquête ait été mise en palace pour situer les responsabilités depuis 2017. La motivation principale qui sous-tendait cette situation sociopolitique alarmante était la volonté pure et simple de se maintenir au pouvoir en se faisant réélire pour un deuxième mandat. Pour cela il fallait liquider les partis politiques d’opposition et amasser beaucoup d’argent pour acheter la conscience des électeurs. Nos dirigeants africains souffrent de la boulimie du pouvoir !

Quelle est l’état des droits humains aujourd’hui au Niger ?

Sur le plan des droit civils et politiques, il y a un non-respect notoire. Il y a des atteintes au droit à la vie perceptible par la mort d’un jeune étudiant lors d’une manifestation sévèrement réprimée par le régime en place en 2017. Il y a des atteintes à la liberté de presse matérialisées par des emprisonnements des journalistes, fermetures des médias et même récemment l’expulsion d’un journaliste du territoire nigérien. Pourtant, au Niger la législation prévoit la dépénalisation des délits par voie de presse. En plus le président Issoufou est le premier homme d’Etat qui a signé la déclaration de la montagne de la table, déclaration qui appelle à l’abolition des lois pénales concernant les délits par voie de presse et replace la liberté de la presse au cœur des discussions en Afrique.

Aussi est-il important d’aborder les atteintes au droit de manifester de façon pacifique. L’illustration parfaite est l’arrestation des 4 défenseurs des droits humains qui manifestent contre la loi de finance de cette année qui prévoit plus impôts pour les citoyens. D’ailleurs le communiqué conjoint du 6 Avril 2018 de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme et de l’organisation mondiale contre la torture lance un appel urgent à l’endroit des autorités nigériennes pour la libération de ces 4 défenseurs de droits détenus illégalement.

Sur le plan des droits économiques sociaux et culturels, des atteintes sont à relevées. L’accès à l’eau et l’électricité devient un clavaire pour les populations. Le barrage hydroélectrique de KANDJI destiné être la panacée de la problématique de l’électricité, est devenu un mythe. La centrale électrique de GOUROU BANDA qui a vu le jour n’a pas pu résoudre la problématique de l’électricité car les délestages continuent d’accabler les populations. L’éducation est à l’abandon et le taux de chômage monte crescendo.

On apprend l’expulsion en début du mois d’avril d’Alpha Mahamane BABA, un journaliste critique à l’égard du pouvoir vers le Mali d’où il serait ressortissant. Peux-tu nous en dire plus ?

On a tous été offusqué par la suite de l’expulsion du journaliste BABA Alpha. Ce journaliste très critique à l’égard du régime a été condamné à une peine d’emprisonnement d’une année pour faux et usage de faux. Il aurait selon le pouvoir en place usé de faux document pour acquérir la nationalité nigérienne. Après avoir purgé sa peine d’emprisonnement, le jour de sa libération, la décision de quitter le territoire du Niger lui est notifiée sans qu’il ne puisse opposer un recours à ladite décision. Il est immédiatement reconduit à la frontière du Mali dont il aurait la nationalité alors qu’il n’y a aucun acte officiel qui le liait l’Etat du Mali. Il avait jusque-là exercé sa carrière professionnelle au Niger. Cette situation est d’une actualité brulante car elle pose la question de la liberté de presse, de la détention arbitraire mais aussi et surtout de la question de l’apatridie car il a été déchu de la nationalité de son pays en dépit du fait que le Niger soit partie à la convention des Nations Unies sur l’apatridie. Et je suis abasourdis que les avocats de ce journaliste n’ont pas usé des mécanismes de protection des Droits Humains dans le cadre de leur contentieux.

Justement, quels sont ces mécanismes qui s’offrent aujourd’hui aux nigériens qui sont brimés au quotidien dans la jouissance de leurs droits fondamentaux ?

Il y a toute une panoplie de mécanisme qui s’offre à eux. Je fais notamment allusion au mécanisme sous régional de la CEDEAO, au mécanisme régional se rapportant à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et enfin aux différents mécanismes onusiens de protection des Droits Humains.

Dans ce contentieux, le mécanisme de la CEDEAO serait le plus efficace car on peut directement invoquer la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples devant la Cour de la CEDEAO. L’efficacité de cette Cour s’est illustrée à maintes reprises notamment dans l’affaire HADIDJATOU MANI KORAOU dans laquelle la Cour a tranché et condamner le Niger en 2008. Cette Cour offre la possibilité d’une décision juridiquement contraignante contrairement à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples qui ne formule que des simples recommandations. L’accès à la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples n’étant ouvert au justiciable puisque le Niger n’a pas encore fait la déclaration de reconnaissance de la compétence de ladite Cour tel que prévu par le protocole de Ouagadougou sur la compétence de celle-ci.

Un des mécanismes existant au niveau onusien en l’espèce aurait été également efficace : il s’agit du mécanisme des procédures spéciales de l’ONU. Ce mécanisme qui n’est pas très connu consiste à saisir le rapporteur spécial sur la liberté d’expression en alléguant les violations subies par ce journaliste. C’est un mécanisme qui ne requiert pas l’existence d’un cadre processuel encore moins celui de l’épuisement de voies de recours internes. Ce mécanisme est une cartographie de la situation des Droits de l’Homme dans un pays ! Et, je pense qu’il s’avèrerait utile pour faciliter la libération des 4 défenseurs des droits qui sont arbitrairement détenu par le régime actuel. Le rapporteur spécial une fois saisi par le plaignant, adresse une communication à l’Etat lui demandant de prendre des mesures pour faire cesser les violations car le Niger s’est engagé à collaborer avec les mécanismes onusiens. C’est une obligation morale de l’Etat ! Et cette communication sera publiée dans le rapport annuel des procédures spéciales qui est un outil important pour l’Examen Périodique Universel.

Une question se pose aujourd’hui. Comment sortir de crise ?

Une solution de sortie de cette crise est tout à fait possible. Elle peut, à mon avis s’opérer de la manière suivante. Il faut mettre en place un dialogue inclusif avec tous les acteurs impliqués dans cette crise. Le Niger est l’un des rares pays où la législation prévoit un organe destiné à répondre exclusivement à ces genres de situation : il s’agit du Conseil National de Dialogue Politique (CNDP). Le CNDP est un « cadre permanent de prévention, de règlement des conflits politiques et de concertation entre ses membres autour des questions d’intérêt national ». Il a pour mission de « promouvoir le consensus autour des questions d’intérêt national et des principes démocratiques et républicains ». Le CNDP est donc une architecture de réponse à la situation socio-politique qui prévaut actuellement. Mais malheureusement, les acteurs impliqués dans cette crise ont laissé tomber le mécanisme du CNDP. D’ailleurs, la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) dans une récente déclaration a déploré l’abandon du dialogue du CNDP et invite tous les acteurs impliqués à renouer avec ledit mécanisme. A côté de ce dialogue inclusif, il faut que le Niger respecte les traités relatifs aux Droits de l’Homme qu’il a ratifié. Il doit respecter et appliquer de bonne foi tous ces traités en vertu du principe de pacta sunt servenda : c’est encore une obligation morale de l’Etat.

Pour finir Adam, dis-nous quel est ton rêve pour le Niger et comment y arriver ?

Mon rêve pour le Niger, est celui d’un Niger où règne la paix car la menace terroriste monte crescendo. Je rêve également d’un Niger démocratique, soucieux des Droits de l’Homme et du bien-être de son peuple. Rappelez à l’Etat le respect des Droits de l’Homme n’est-ce pas lui rappeler tout simplement les obligations du pacte social au sens de Rousseau ? Les Droits de l’Homme apparaissent comme une interrogation continue de notre pacte social. Si les droits Humains sont respectés à tous les niveaux, le Niger pourra amorcer un réel développement et se hisser au rang des Grandes Nations. Pour cela il nous faut instaurer une vraie culture démocratique et du respect des valeurs des Droits Humains par la sensibilisation, la formation de tous les acteurs socio-politiques. Cela passe également par les réformes institutionnelles et normatives de l’ordre juridique.

Réalisation, Glory Cyriaque HOSSOU

La première arme dont je dispose, c’est l’éducation !

En prélude à la journée internationale des droits des femmes, je suis allé à la rencontre de deux femmes qui de par leurs actions au sein de la société civile africaine, visent une bonne santé des droits humains en général et ceux des femmes en particulier.

Après Sylvia APATA de la Côte d’Ivoire ( https://glorydroitshumainsbnin.wordpress.com/2018/03/07/une-femme-rurale-epanouie-cest-une-afrique-prospere/), voici l’interview de Miguèle HOUETO, figure montante de l’activisme social au sein de la société civile béninoise. Dégustez et surtout, partagez !
Aujourd’hui tu fais partie de cette jeune génération de femmes qui émergent au sein de la société civile béninoise, ceci à travers ton engagement pour les droits humains. Tu peux nous dire ce qui t’a amené à t’engager et depuis quand ?

Je pense avoir vu le jour avec l’envie de défendre les autres. Ceci parce que depuis mon plus jeune âge je digérais mal, alors là très les injustices, à l’école, dans la rue, bref partout où je passais.

Mais cela s’est renforcé au fil des ans par les scènes de ménage entre mes parents desquelles ma mère sortait toujours perdante et nous autres ses enfants aussi. De tristes souvenirs que je ne vous raconte pas et de quoi vous inciter à l’engagement.

Plus tard j’ai lu un livre sur la vie de Mère Theresa de CALCUTA qui m’a permis de mieux cerner le sens de mon combat.

Ce combat, j’entendais le mener à travers le journalisme mais mes pas m’ont conduits vers le droit, avec pour spécialité, les droits de l’Homme. Et je m’en réjouis. De façon plus concrète cet engagement a commencé depuis 2004 -2005 au collège.

Que fais-tu concrètement pour que le message que tu portes parvienne dans les oreilles des décideurs pour le changement que tu espères ?

Difficile dans notre contexte de faire entendre sa voix par des décideurs quand les personnes dont vous défendez les droits elles-mêmes ne prennent pas conscience de leurs droits et de leur devoir d’exiger des dirigeants un mieux être. Plus difficile quand on sait, que les dirigeants ne font pas toujours leurs devoirs sans qu’on ne les y oblige.

Cela dit, la première arme dont je dispose, c’est l’Education. En effet, à travers l’éducation j’éveille la conscience de mes concitoyens sur leurs droits et devoirs. Tenez par exemple, « expliquer, sensibiliser et amener des concitoyens à saisir la Cour Constitutionnelle pour se voir rendre justice. C’est ainsi qu’en 2017, à l’occasion de la Journée Internationale des Droits de l’Homme, j’ai initié un programme dénommé « Droits de l’Homme à la Loupe » qui trouve tout son sens dans l’article 40 de la Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : « L’Etat a le devoir d’assurer la diffusion et l’enseignement de la
Constitution, de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, de
la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples de 1981 ainsi que de
tous les instruments internationaux dûment ratifiés et relatifs aux Droits de
l’Homme.
L’Etat doit intégrer les droits de la personne humaine dans les programmes
d’alphabétisation et d’enseignement aux différents cycles scolaires et
universitaires et dans tous les programmes de formation des Forces Armées, des
Forces de Sécurité Publique et Assimilés.
L’Etat doit également assurer dans les langues nationales par tous les moyens de
communication de masse, en particulier par la radiodiffusion et la télévision, la
diffusion et l’enseignement de ces mêmes droits». Ledit programme connaitra sa deuxième édition en décembre 2018.

Par ailleurs, le plaidoyer, des interventions sur différentes chaînes (de télévision et de radio et quelques fois dans la presse écrite) pour dénoncer, faire des propositions et/ou attirer l’attention des décideurs sur telle ou telle chose sont les moyens utilisés pour l’atteinte de mes objectifs. Sans oublier les réseaux sociaux qui sont devenus un canal de diffusion de message à fort impact.

Et tu penses qu’il y a de beaux jours devant pour la femme béninoise aujourd’hui quand on sait que malgré la législation abondante, des problèmes subsistent toujours ?

Bien sûr ! Et ce parce que, l’environnement juridique y est favorable même si cet environnement se doit de lutter au quotidien avec les normes sociales qui malgré le temps qui passe nous hantent.

Cela dit, il y a mieux que de beaux jours à venir pour les femmes béninoises. Ceci à condition qu’elles prennent conscience elles-mêmes et que les hommes, surtout ceux politiques acceptent enfin de voir la femme comme une alliée, non comme un challenger (un adversaire).

Aussi, faudrait-il que les enfants garçons soient éduqués à considérer les filles comme leurs semblables. In fine, adultes ils considèreront mieux les femmes et peut-être aurions-nous contribué à faire disparaître ces normes sociales négatives qui plombent l’essor des femmes dans notre pays.


Tu es une source d’inspiration pour de nombreux jeunes grâce à tes actions et différentes prises de position sur des sujets aussi bien d’intérêts nationaux que régionaux. Que peux-tu dire à ces jeunes qui veulent faire comme toi ?

Si j’ai pu inspirer des jeunes comme moi, je m’en réjouis. Je leur dirai cependant ceci :

« Faites en sorte de trouvez votre propre chemin.

Quand vous l’aurez trouvé, que chaque souffle de votre vie s’y consacre pour afin que même après votre départ vers une autre vie, des générations se souviennent de vous. Ainsi, vous aurez vécu ».

Je finirai en partageant avec vous l’une des citations qui m’inspirent. Elle est de Gandhi; « Pour servir autrui volontairement, il faut donner tout ce dont on est capable et ne faire passer qu’ensuite le service de soi-même ».

Réalisation : Glory Cyriaque HOSSOU

Une femme rurale épanouie, c’est une Afrique prospère !

Militante, engagée au sein de la société civile ivoirienne, Sylvia APATA nous parle aujourd’hui des raisons de son engagement. Dans cet entretien, elle revient sur les faits marquants de l’actualité des droits humains, aussi bien dans son pays, la Côte d’Ivoire, que dans le monde. Dégustez !

  1. Quel est l’état des lieux en matière de promotion et de protection des droits humains en Côte-d’Ivoire aujourd’hui ?

Le Rapport 2016/2017 d’Amnesty International sur la situation des droits humains dans le monde, publié en dans le mois de février 2018, fait état d’observation en Côte d’Ivoire de grandes restrictions à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique en vertu de lois érigeant en infraction les manifestations pacifiques, entre autres formes d’expression non violente. A cela s’ajoute, le signalement de plusieurs cas d’arrestations arbitraires des membres de l’opposition, les conditions inhumaines de vies en milieu carcéral (l’administration pénitentiaire a déclaré que cet établissement surpeuplé, dont la capacité était de 1 500 détenus, en accueillait en réalité 3 694. Des prisonniers ont indiqué qu’ils avaient dû payer des pots-de-vin allant jusqu’à 20 000 francs CFA (32 dollars des États-Unis) à des codétenus chargés de la sécurité intérieure afin de ne pas être placés dans des cellules immondes dont le sol était couvert d’eau et d’urine. Les prisonniers responsables de la sécurité intérieure infligeaient des châtiments corporels aux autres détenus, ce qui avait entraîné au moins trois décès en 2015. Les autorités n’ont rien fait pour protéger les prisonniers de ces agissements et des autres atteintes à leurs droits fondamentaux. Les soins médicaux demeuraient insuffisants). Ledit rapport a également mis en lumière, l’évaluation environnementale lancé par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) dans laquelle la responsabilité des entreprises a été engagée dans la lutte contre la pollution de l’environnement à la suite de l’affaire du déversement de 540.000 Litres de déchets toxiques à Abidjan en 2006 par la société trafigura. Les autorités ivoiriennes n’avaient déclaré que 15 décès alors que 100.000 personnes avaient sollicité et continuent de solliciter des soins médicaux après le déversement de ces déchets ayant provoqué des problèmes graves comme les difficultés respiratoires.

L’élément positif relevé est l’exercice de la justice internationale au regard du procès cumulé de l’ancien président de la République de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, ouvert depuis janvier 2016.

Nous pouvons donc dire que la situation des droits humains en Côte d’Ivoire est quelque peu préoccupante quoiqu’on observe tout de même, une légère amélioration de l’accès à la justice aux populations qui sont de mieux en mieux informées sur les modes de saisine des juridictions.

  1. Qu’est-ce qui explique ton engagement en faveur de la femme rurale africaine ?

Je suis tout d’abord féministe, activiste des droits des femmes parce que dans le monde, les femmes représentent 50% de la population, effectuent 60% du travail, touchent 10% des revenus et ne possèdent que 2% de la propriété. Alors quand on est naturellement contre l’injustice, on ne peut qu’être féministe. Ensuite, j’ai décidé de m’engager particulièrement pour la cause des femmes rurales africaines parce qu’elles subissent les pires formes de violences et sévices corporelles du fait des règles coutumières et traditions majoritairement déshumanisantes pour les femmes et qui ont la peau dure en milieu rural. ‘’Oubliées’’ de la société, ces femmes sont livrées à elles-mêmes dans les villages où la loi peine à être appliquée devant la ténacité des coutumes. Outre cet aspect, les femmes rurales sont tenancières de l’agriculture dans nos pays africains ; des pays agraires. Elles sont donc la cheville ouvrière de nos économies mais bénéficient très peu des ressources nécessaires à leur autonomisation notamment le droit à la propriété foncière. Tant d’injustices contre ces femmes, de vulnérabilités devant lesquelles je ne peux rester indifférente. Il nous faut comprendre que l’Afrique ne sortira de son sous-développement que par la réduction des inégalités qui entretiennent la pauvreté et qui maintiennent notre continent au bas de l’échelle.

Ainsi pour avoir pris conscience de cela, j’ai décidé de m’engager pour la cause des femmes rurales africaines parce que j’ai compris qu’elles sont la clé de la prospérité de l’Afrique. Je reste donc convaincue que le développement de l’Afrique reste subordonné à l’autonomisation économique et politique de la femme, principalement de la femme rurale ; car une femme rurale épanouie, c’est une Afrique prospère !

  1. Dans l’un de tes articles en 2017, tu exposais le phénomène des mutilations génitales féminines et ses conséquences à l’égard des filles. Qu’est-ce qui peut bien expliquer la persistance du phénomène qui est bien installé en Afrique de l’ouest aujourd’hui malgré les politiques publiques?

Plusieurs raisons expliquent la persistance des mutilations génitales féminines en Afrique de l’Ouest malgré la mise en œuvre de politiques et stratégies de lutte contre ces mutilationss. Ce sont : le fort taux d’analphabétisme et d’illettrisme observé dans nos pays surtout en milieu rural ; l’absence de lois réprimant sévèrement les MGF ou l’absence de fermeté dans l’application des lois déjà existantes en la matière ; l’insuffisance des actions de sensibilisations de masse et de proximité dans les zones où le phénomène reste très répandu ; un dernier élément également important et le plus souvent occulté dans la lutte contre les mutilations génitales féminines : la reconversion ou l’insertion socio-économique des exciseuses qui très souvent se maintiennent dans cette activité macabre parce qu’elles y trouvent leur gagne-pain et un certain ‘’respect’’ des communautés villageoises. Il faut mettre à la disposition de ces dernières, des Activités Génératrices de Revenus (AGR) qui leur permettront de se prendre en charge afin d’être autonomes.

  1. Quelle est ton opinion sur la libération de la parole qui s’observe aujourd’hui face aux phénomènes du harcèlement sexuel et des cas de viols, des réalités beaucoup plus perceptible en Europe et aux Etats-Unis pour le moment ? Pourquoi a-t-on l’impression que l’Afrique n’est pas concernée par cette libération de la parole ?

J’ai tout simplement été épatée par les mouvements #Metoo et #BalanceTonPorc, épatée de voir comment les femmes européennes et américaines sont parvenues à exprimer leurs douleurs, à parler des viols et du harcèlement sexuel qu’elles ont subis et plus grand, à dénoncer l’identité de leurs bourreaux. Nos sociétés sont parvenues par l’éducation à faire des violences sexuelles, surtout du viol, des cruautés dont la victime est tenue pour auteur et l’auteur pour la victime. En clair, si vous êtes violée, c’est parce que vous l’avez provoqué et c’est encore vous qui portez la honte et le désespoir toute votre vie. Mais avec ces deux mouvements, l’on a permis de rétablir l’ordre des choses : AUCUNE FEMME N’EST FAUTIVE DE L’AGRESSION SEXUELLE QU’ELLE A PU SUBIR. LE VIOL, C’EST L’AUTRE QUI LE FAIT. LA HONTE, C’EST L’AUTEUR QUI DOIT LA PORTER, PAS LA VICTIME. LA HONTE A DONC CHANGE DE CAMP ! Les agresseurs sexuels se sont donc vus divulgués leurs noms et identités. C’est une grande avancée pour les droits des femmes dans le monde ; une grande satisfaction. Les victimes osent de plus en plus recourir à la justice, ce qui n’était pas forcément le cas des dernières années.

Malheureusement, cette libération de la parole comme nous le constatons actuellement en Occident, n’est pas encore effective en Afrique parce que nous sommes des sociétés en construction ; des sociétés encore très imbibées dans le patriarcat ; des sociétés où les droits des femmes sont extrêmement controversées par les coutumes et religions ; des sociétés où l’on apprend que le silence est ce qui doit caractériser la femme, la confinant ainsi dans le rôle de ‘’ces êtres qui doivent tout accepter, celles qui sont créées pour subir et accepter les injustices’’. Mais les choses changeront, la condition de la femme africaine évoluera. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui en occident est le résultat d’un long processus. Ainsi, cette évolution de la condition de la femme africaine ne sera effective que par la scolarisation de la jeune fille qui favorisera sa connaissance des droits reconnus à sa personne. Plus la femme est lettrée, mieux elle connait ses droits, les revendiquent, et moins elles acceptent les injustices à son égard.

  1. Tu es une source d’inspiration pour de nombreux jeunes grâce à tes actions et différentes prises position sur des sujets aussi bien d’intérêts nationaux que régionaux. Que peux-tu dire à ces jeunes qui veulent faire comme toi ?

Sachez jeunes activistes, de là où vous vous trouvez que nous avons la capacité et le pouvoir de changer positivement les choses qui impactent négativement notre entourage ; il suffit de le vouloir. Alors quand on le veut, il faut travailler d’arrache-pied pour atteindre l’objectif qu’on s’est fixé.

Jeunesse africaine, ne soyez pas de ceux-là que les politiciens véreux, cupides et avides de pouvoirs utilisent pour servir leurs intérêts personnels et égoïstes. Ne vous laissez pas instrumentalisés par ces politiciens qui n’ont que faire de vous, que faire de votre insertion professionnelle.

Ne comptons pas sur un politicien pour changer notre situation, mettons plutôt notre savoir en exercice pour nous prendre en charge et influencer l’évolution de nos sociétés.

N’acceptons plus d’être utilisé comme ‘’bétail électoral’’ !

Réalisation : Glory Cyriaque HOSSOU

L’humain a fléchi devant le capital en 2017!

C’est ce qu’on peut retenir du rapport annuel d’Amnesty International rendu public ce jeudi 22 févr. 18.

Comptant 488 pages, ce rapport rédiger dans 159 pays et territoires montre à quel point la question des droits de l’Homme est devenue préoccupante. Préoccupants parce qu’ils font l’objet de violations répétées par les dirigeants. Ceux-là qui, en principe devraient assurer leur éclosion, leur promotion, leur protection. L’espace public de discussion est désacralisé et fait objet de restrictions quotidiennes. Le cas du Bénin, de la Turquie, du Togo, et surtout de la République Démocratique du Congo sont suffisamment illustratifs.

Ce dernier pays a notamment excellé dans la méconnaissance des droits fondamentaux de la personne humaine courant 2017 et début 2018 avec la répression des mouvements pacifiques. Où le pouvoir répond avec des tirs à balle réelle face à des citoyens qui manifestent à main nue, bandeau autour de la tête pour dire leur indignation. Les chapelles sont prises d’assaut et le clergé catholique victime des tirs à balle réelle. Le peuple, véritable détenteur du pouvoir dans une démocratie se retrouve être traqué dans l’exercice de ses droits. Le cas du Bénin est aussi évoqué dans ce rapport. La restriction des libertés dont a été victime les populations revient avec force. Restrictions tenant à liberté de presse où les médias ont été fermé arbitrairement réduisant au silence des journalistes ; à la liberté d’association et de manifestation, le cas de la suspension des activités des organisations estudiantines par un décret pris en conseil des ministres reste présent à l’esprit ; les lignes rouges tracées et autres intimidations pour empêcher la jouissance des libertés ;

le dernier exemple est celui du mardi 20 février 18 où les femmes des marchés du Bénin ont été empêchées de jouir des droits que la constitution leur reconnaît.

Comment peut-on parler de 2017 sans évoquer la loi votée fin décembre par le parlement béninois pour retirer le droit fondamental de grève agents de la santé, de la justice et les forces de sécurité publique ???

Un recul de la démocratie et de l’Etat de droit tout simplement. Mais heureusement que la Cour Constitutionnelle a rétablie la norme en épargnant au Bénin une crise sociopolique sans précédent depuis le renouveau démocratique. La reconnaissance du Président de la République plus tard lors de la rencontre avec les centrales et confédérations syndicales nous renseignera qu’il était l’un des instigateurs si non le véritable artisan cette manœuvre grotesque digne d’un Etat voyou.

Cet état de chose montre à suffisance la nature et le niveau d’engagement politique et citoyen déplorable des parlementaires béninois, qui résonnent non du fait de leur conscience mais d’un ordre extérieur auquel ils ne peuvent s’opposer. Alors même que le rôle du parlement dans une démocratie est d’être à l’écoute du bas peuple et de servir de contre-pouvoir.

Ceci pose également le problème d’éducation aux droits humains des parlementaires béninois. Si rien n’est fait, ceci pourrait entraîner à la longue des situations désastreuses pour la démocratie et l’Etat de droit. Il est aussi important que le peuple tire leçon de ces précédents pour mieux opérer des choix à l’avenir.

2017 fût également une année marquée par l’inexécution des décisions de justice, alors même que la constitution rend responsable, le Président de la République garant de l’exécution des décisions de justice.

L’un des cas les plus récents de cette matière est la non désignation jusqu’à ce jour des membres du Conseil d’orientation et de Supervision de la Liste Electorale Permanente Informatisée (COS-LEPI) malgré la décision de la Cour Constitutionnelle, organe suprême de régulation du fonctionnement des institutions au Bénin.

Cette situation d’insécurité dans laquelle, et l’exécutif, et le parlement, plongent le pays, pourrait avoir des conséquences pour notre démocratie dans un futur bien proche.

L’instrumentalisation des médias, les attaques orientées vers certains acteurs de la société civile qui sont devenus les seuls véritables de veille au Bénin, sont autant de réalités qu’on ne saurait occulter.

L’annonce, mercredi 21 févr.-18, veille du lancement du rapport d’Amnesty international sur la situation des droits humains dans le monde, de la commutation des peine des 14 condamnés à mort en peine de réclusion criminelle à perpétuité par décret pris en conseil des ministres est certes louable, mais on pouvait mieux faire.

Comment se vanter d’avoir commuer les peines de personnes détenues depuis 20 ans dans le couloir de la mort en peine de réclusion criminelle à perpétuité alors qu’on pouvait les soulager autrement si tant est qu’on veut véritablement répondre aux exigences d’humanité ?

Ces réalités appellent aujourd’hui à plus d’engagement citoyen dans une veille constante et d’investir l’espace public de discussion afin de contraindre les gouvernants à plus d’écoute.

GLORY CYRIAQUE HOSSOU, ACTIVISTE DES DROITS HUMAINS.

Les OSCs alertent et interpellent les gouvernants sur la nécessité de consolider la démocratie

La crise sociopolitique qui secoue le Bénin depuis le début de l’année 2018 ne laisse pas les acteurs de la société civile indifférents. Au détour d’une conférence de presse ce mardi 20 Février 2018, ceux-ci tirent sur la sonnette d’alarme et alertent.

*Déclaration des Organisations de la Société Civile sur la non désignation des membres du COS-LEPI par les députés*

Beninoise, Beninois, chers compatriotes,

Qu’il vous souvienne qu’à travers notre sortie médiatique du 31 janvier 2018, nous, organisations de la Société civile, avions évoqué le non-respect de la décision de la Cour Constitutionnelle qui demandait aux parlementaires la désignation de leurs représentants devant siéger au COS-LEPI conformément aux exigences du Code électoral.

Deux mois après la décision de la Cour, nous constatons avec regret le statut quo au niveau du parlement.
Prenant à témoin toutes les institutions de la république, tous les corps constitués de la nation, toutes les sensibilités socio politiques, le peuple béninois tout entier et la communauté internationale dans son ensemble,
Nous, Organisations de la société civile, signataires de la présente déclaration, interpellons le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement en tant que garant du respect de la Constitution, le Président du Parlement et l’ensemble de députés en tant qu’organe législatif, sur :
L’incertitude critique à laquelle expose notre pays, la non désignation des membres du COS-LEPI en violation du code électoral et de la décision de la cours constitutionnelle du 12 décembre 2017,
– Le risque de la non organisation à bonne date des élections et dans les conditions légales prescrites par notre constitution,
– Le risque d’une décrédibilisation des Institutions de la République ;
– La fragilisation de l’ensemble du système démocratique béninois, du fait de la non-exécution répétée des décisions de la Cour constitutionnelle, seule garante du fonctionnement normal et régulier de nos Institutions ;
– Le risque de la violation des droits humains notamment les droits civils et politiques des citoyens,
– Le risque d’une implosion sociale avec des implications politiques imprévisibles et non maitrisables.

C’est pourquoi
Mesdames et Messieurs,
– la Société Civile appelle à l’urgence d’une solution.
– En demandant expressément à son excellence Me Adrien HOUNGBEDJI Président de l’Assemblée Nationale de procéder sans délais à la désignation des membres du parlement devant siéger au COS LEPI ;

– En invitant respectueusement son excellence Monsieur Patrice Talon Président de la république à veiller scrupuleusement au respect de la constitution;

– En invitant les parties prenantes à prendre toutes les dispositions idoines pour la désignation et l’installation des membres du COS LEPI

Mesdames et messieurs,
Eu égard à tout ce qui précède, par la présente déclaration, nous appelons toutes les béninoises et tous les béninois à une veille accrue afin que nos mutismes d’aujourd’hui n’accouchent pas, pour notre pays, de lourdes conséquences dès 2019.
En tout état de cause, par la présente déclaration, la société civile entend alerter sur des faits aussi préoccupants que préjudiciables à la jouissance des droits civils et politiques ainsi qu’à l’enracinement de notre processus démocratique.

A cet effet nous lançons dès ce jour officiellement une Pétition pour la collecte de signatures afin de démontrer au Parlement béninois et à son Président, au Président de la République, l’appel populaire à se conformer au code électoral et à la décision de la Cour constitutionnelle dans l’intérêt supérieur de la Nation et de la paix durable au Bénin.

https://www.change.org/p/%C3%A9vitons-au-b%C3%A9nin-une-impasse-%C3%A9lectorale-et-la-remise-en-cause-de-sa-d%C3%A9mocratie?recruiter=858286533&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink&utm_campaign=share_petition

Vive la Démocratie

En avant pour la veille citoyenne,

Fait à Cotonou, le 20 février 2018
Ont signé :

*SOCIAL WATCH BENIN*
*AMNESTY INTERNATIONAL BENIN*
*WANEP-BENIN*
*CHANGEMENT SOCIAL BENIN*

CONFERENCE DE PRESSE DE RESTITUTION DES OSC SUR L’EPU 2017

Le vendredi 10 novembre 2017, le Bénin était en examen devant le Conseil des droits de l’Homme des Nations-Unies dans le cadre du troisième cycle de l’examen périodique universel à Genève. Ce dernier qui est un mécanisme onusien de promotion et de protection des droits de l’Homme au plan mondial a permis aux Etats du conseil d’évaluer le Bénin sur son attitude à protéger et à promouvoir l’humain ces quatre dernières années. Sa finalité est de veiller à l’effectivité des droits de l’Homme dans le monde à travers des recommandations formulées aux Etats.

C’est donc dans ce cadre que notre pays le Bénin a reçu à l’issue de cet examen 198 recommandations dont 191 acceptées et 7 notées (les recommandations notées sont en attente soit de rejet soit d’acceptation).

Parce qu’impliquées dans ce processus depuis le début, les ONGs locales actives en matière de promotion et de protection des droits humains, réunies au sein d’un groupe de travail, ont décidé de donner une conférence de presse ce mercredi 27 décembre 2017 au foyer des marins de Cotonou, afin d’informer l’opinion publique ainsi que les professionnels de l’information, de l’issue de l’Examen Périodique Universel et de pouvoir compter sur eux dans la suite du plaidoyer et le suivi de mise en œuvre desdites recommandations pour une meilleures santé des droits humains au Bénin.

Au nombre des recommandations acceptées, on peut noter celles relatives à l’amélioration des conditions de détention ; l’éradication du mariage forcé des filles ; l’éradication des violences faites aux filles et aux femmes ; le maintien des filles à l’école ; l’installation de la commission béninoise des droits de l’Homme ; l’adoption du nouveau code pénal, et bien d’autres. Pour ces quatre prochaines années donc, chacun des composantes de notre Etat, devra veiller à la mise en œuvre de ces engagements acceptés par les gouvernants afin que le quatrième cycle de l’examen périodique ne soit une répétition du troisième.

Si 191 recommandations ont été acceptées, 07 recommandations font aujourd’hui l’objet d’attente. L’on ne sait pas encore quel sort leur est réservé par l’Etat béninois alors même que ces recommandations sont fondamentales pour un Etat de droit. Pour la vitalité de notre démocratie. Elles portent essentiellement sur la liberté de presse ; les exécutions extrajudiciaires, le retrait des enfants des couvents. Il est donc important que le plaidoyer soit renforcé auprès des gouvernants afin que ces recommandations puissent être acceptées en Mars 2018 lors de l’adoption finale des recommandations, pour une bonne santé des droits de l’Homme chez nous.

Pour tout connaître sur le mécanisme de l’examen périodique universel, je vous conseille de lire ce billet (https://glorydroitshumainsbnin.wordpress.com/2017/10/09/lexamen-periodique-universel-pour-sauver-le-benin/?preview=true ) que j’ai rédigé à la veille du dernier passage du Benin devant le Conseil des droits de l’Homme des Nations-Unies.

L’effectivité des droits de l’Homme dépend aussi de l’engagement de chacun à voir ce vœu se réaliser. Engageons-nous !

Cotonou, le 27 décembre 2017

Glory Cyriaque HOSSOU, Juriste, Activiste des droits de l’Homme, Secrétaire de l’Association des Blogueurs du Bénin.